
Collectionneurs de fèves : cette passion qui vaut de l'or
Vous gardez vos fèves de galette ou vous les jetez ? En France, 250 000 personnes en ont fait une véritable collection. Certaines valent même plusieurs centaines d'euros. Portrait d'une passion discrète qui se cache peut-être dans votre tiroir.
Il y a ceux qui rangent soigneusement leur fève dans une petite boîte en fer-blanc, avec toutes celles des années précédentes. Ceux qui la retrouvent trois mois plus tard, miraculeusement intacte, coincée entre deux coussins du canapé. Ceux qui la perdent dans les cinq minutes. Et ceux qui ne savent même plus ce qu'ils en ont fait avant d'avoir terminé leur part de galette.
Petite question : dans quelle catégorie vous situez-vous ? Parce que si vous faites partie de la première, même occasionnellement, on a une nouvelle pour vous : vous êtes peut-être un fabophile qui s'ignore. Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul. Loin de là. En France, 250 000 personnes collectionnent ces miniatures de porcelaine avec une passion qui confine parfois à l'obsession. Avec près de 100 000 annonces sur leboncoin, c’est vrai marché qui existe, se structure avec ses codes, ses experts et ses pièces qui s'arrachent.
Une machine industrielle qui ne s'arrête jamais
Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut d'abord regarder les chiffres de production. Arguydal, le géant français, produit entre 35 et 45 millions de fèves chaque année, pour alimenter un réseau tentaculaire de collectionneurs. Et pourtant, malgré ces volumes vertigineux, l'offre peine à satisfaire la demande : entre 4 000 et 5 700 nouveaux modèles débarquent chaque année sur le marché.
Cette frénésie productive trouve ses racines dans une longue histoire industrielle. Tout commence en Allemagne en 1875, avant que Limoges ne flaire le filon et s'y mette en 1880. Aujourd'hui, cette histoire pèse lourd dans les cours : les pièces d'avant 1914, baptisées « première époque », sont devenues les plus recherchées. Sur leboncoin, une fève ancienne avec bélière peut atteindre 350 euros. Soit potentiellement plus que votre part de galette, voire la pâtisserie entière.
Les champions de la démesure
Ces données impressionnent, mais c'est en découvrant certaines collections privées qu'on mesure vraiment jusqu'où peut aller la passion. Jacqueline Goepfert, Alsacienne, détient le record national avec 198 000 fèves. Son appartement s'est progressivement transformé en un véritable musée miniature où chaque recoin abrite des trésors de porcelaine.
Car, ces passionnés ne vivent pas leur obsession en solitaire. Via des associations fabophiles, des rencontres et des bourses s’organisent régulièrement partout en France. L'ambiance y rappelle celle des conventions de trading cards (type Pokémon) ou des marchés aux puces.
Quand la nostalgie et le luxe font exploser les prix
Si les pièces d'avant 1914 restent le Graal des collectionneurs, le marché s'est considérablement diversifié ces dernières années. Deux phénomènes ont particulièrement transformé le paysage : le retour de la nostalgie des années 90-2000, et l'arrivée fracassante du luxe dans la galette.
D'un côté, les trentenaires rachètent leur enfance avec des fèves à l'effigie de leurs héros de BD ou de dessins animés. De l'autre, les grandes maisons ont compris qu'une fève pouvait devenir bien plus qu'un simple gadget. L'exemple le plus frappant ? Un anneau en argent Pierre Hermé x Christofle de 2019, qui se négocie à 100 euros. Seulement 60 exemplaires, gravés aux noms des deux maisons. Depuis, de nombreuses grandes pâtisseries ont suivi le mouvement. Poilâne, Ladurée, Dalloyau, Fauchon proposent désormais des éditions limitées annuelles qui deviennent instantanément collector.
Pendant que vous lisiez cet article en vous demandant qui pouvait bien collectionner ces miniatures, vous avez probablement repensé à ce tiroir où traînent quelques fèves gardées « au cas où ». Peut-être même vous êtes-vous surpris à penser qu'après tout, certaines méritaient d'être conservées. Le diagnostic est sans appel : vous êtes déjà fabophile, vous ne le saviez simplement pas encore !
